Une incroyable connivence entre les trois musiciens. Enfant prodige du jazz manouche, Bireli Lagrene a commencé la guitare dès l'âge de quatre ans. A 8 ans, il reprenait le répertoire de Django Reinhardt et son entourage décèle très vite un futur petit génie de la guitare : sa technique de jeu est extraordinaire ainsi que son sens de la musique.
A l'âge de 12 ans, il remporte un festival de musique tzigane à Strasbourg. A 13, il est engagé pour faire une tournée en Allemagne, et suite à celle-ci, en 1980, il enregistre en concert le double album « Route to Django ».
Il a l'occasion de partir aux États-Unis où, pendant plusieurs années, il joue avec des musiciens tels que Stéphane Grappelli, Benny Goodman ou Benny Carter. Il se tourne vers le jazz fusion après sa rencontre avec le bassiste Jaco Pastorius. Puis, après être passé par un style proche du rock, il revient en 1990 à un style acoustique. Sur « Acoustics moments » (1990), il joue de la guitare et de la basse électrique. Il sort également un somptueux album intitulé « Jazz in Marciac » en 1994. Il entame ensuite des collaborations avec Didier Lockwood puis le trio de Richard Galliano avec notamment l'album « Viaggio » (1993). Enfin, après avoir un court moment formé un quartet, il enregistre deux albums en 2001 : « Gipsy Project » et « Gipsy Project and Friends ». En 2000, l'album en Duo avec Sylvain Luc, « Duet », va s'arracher en un temps record à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.
Entendons-nous bien. Bireli Lagrene est non seulement un très grand jazzman, mais même plus que ça : à 43 ans seulement, c'est une véritable légende vivante.
Echauffé par une première partie plus que convaincante (assurée par le Eddy Bockhorni Quintet), le public ne tient plus en place lorsqu'arrive celui qu'on désigne comme le « digne représentant de Django ».
Plein d'humour
Il n'est pas venu seul, mais accompagné d'un autre guitariste et d'un contrebassiste. Ils se connaissent tous depuis presque 10 ans et ça se voit. Un simple regard entre eux et tout est dit. Très joueurs, les deux guitaristes font semblant de se chamailler, pour le plus grand bonheur de l'auditoire. Bireli rappelle au passage que le grand Django Reinhardt était un homme plein d'humour, et que c'est une qualité essentielle pour avancer. Pour illustrer ses propos, le voilà qui joue Deep Purple ! Ce ne sera pas (a priori) le seul anachronisme de la soirée, parce que là où l'on attendait d'emblée des hits comme « Minor Swing » ou « Les Yeux Noirs », Lagrène sait parfaitement gérer les attentes du public en accommodant le programme selon ses envies. Son guitariste interprète un Elvis « en fin de carrière » ? Il reprend Frank Sinatra les doigts dans le nez. Il ne délaisse pas l'exercice pur pour autant, lors de sets absolument scotchants. Chaque solo, d'ailleurs, se trouve chaudement applaudi et la salle résonne des claquements de main balancés en cadence.
A l'issue d'un morceau, Biréli harangue la foule pour savoir quels titres elle veut entendre. Les demandes fusent de part et d'autre. Et le guitariste de préciser « un grand merci à vous tous, on vous aime, sans vous nous ne sommes rien ». On sent affleurer l'émotion derrière cet hommage et le public n'y est pas insensible. La soirée s'est poursuivie jusque tard, virevoltante, intrépide, débordante de joie, à l'image du trio facétieux. Un grand et beau concert. Une chance.

