Lauréat de huit Prix d'Amérique, mais aussi de six Prix de France, sept Prix de Paris, de douze Critériums de Vitesse de la Côte d'Azur, de huit Prix de l'Atlantique, Jean-René Gougeon a énormément contribué à la popularité du trot français, entre les années 60 et 90, réalisant une carrière exceptionnelle, et triomphant aussi en Europe et aux Etats-Unis. Il était surnommé affectueusement "le pape de Vincennes".
Né dans l'Orne en 1928 et fils d'entraîneur, Jean-René Gougeon a été l'un des plus grands ambassadeurs du trot français. Non seulement grâce à un palmarès éblouissant, dans le rang des drivers comme dans celui des entraîneurs, mais aussi pour son personnalité et sa classe hors du commun, sur la piste comme dans la vie de tous les jours.
A 26 ans, Jean-René Gougeon gagne son premier grand classique à Vincennes, en menant à la victoire Fandango dans le Critérium des 3 ans. Ce cheval qui deviendra une légende au trot monté avant de devenir un géniteur hors pair lance la carrière du jeune professionnel qui, quelques années plus tard, gagne la confiance d'un propriétaire dont les couleurs vont devenir célèbres, le comte de Montesson. Nicias Grandchamp puis Olten L offrent à "JR" et à la casaque bleue clair, toque orange, deux Critériums des 5 ans consécutifs (1962, 1963) avant qu'un autre propriétaire-éleveur, Henri Levesque ne fasse appel à ses services et ne lui confie une jument hors pair, Roquépine. Avec cette fille de Jalna IV, Jean-René Gougeon remporte son premier Prix d'Amérique en 1966 avant de ne doubler la mise en 1968.
Dans la foulée, le driver-entraîneur se voit confier Une de Mai avec laquelle il va remporter les plus grandes épreuves internationales, en France comme à l'étranger, à la seule exception du Prix d'Amérique. Au début des années 70, le "pape" acquiert alors une stature de driver international d'autant qu'il va être associé à un nouveau phénomène, le champion de Maurice Macheret, Bellino II auquel il fera gagner trois Prix d'Amérique de suite, entre 1975 et 1977. Jean-René Gougeon est alors ce qu'est Yves Saint-Martin en plat: l'idole des turfistes et l' icône de Vincennes.
Quelques années plus tard, le driver se retrouve associé à un nouveau champion de l'écurie Levesque, Hadol du Vivier qui lui offrira son seul et unique Critérium des 4 ans. Et puis, au début des années 80, le "pape" tombe sur le cheval qu'il méritait d'avoir dans ses boxes de Moissy Cramayel -Seine et Marne- où il s'était installé quelques années plus tôt entraîneur public-, en se voyant confier par Raoul Ostheimer, Ourasi. Le professionnel va alors connaître une popularité sans précédent grâce à ce cheval à la personnalité hors du commun qui lui permet de connaître la consécration dans le rang des entraîneurs. Le couple Ourasi/Jean-René Gougeon gagne en effet presque tous les classiques de Vincennes et d'ailleurs, dont trois Prix d'Amérique et fait aussi recette aux Etats-Unis à l'occasion d'un "March Of Dimes" face à Mack Lobell où un troisième larron tire les marrons du feu, Sugarcane Hanover. En 1989, après qu'Ourasi eût échoué dans sa conquête d'un 4e Prix d'Amérique (gagné par Queila Gédé), Jean-René Gougeon est victime, à 59 ans, d'une sévère crise cardiaque. L'année suivante, c'est un homme affaibli par la maladie qui assiste à la quatrième victoire de son élève, mené par son frère Michel-Marcel. Ce sera le dernier coup d'éclat du professionnel qui va alors se retirer sur ses terres ornaises, en compagnie de sa fidèle épouse Cécile, où il vivra dans l'ombre mais avec la passion du trotteur toujours chevillée au corps.
Souvent sollicité par Paris-Turf et en particulier par notre collaborateur Jacques Pauc, Jean-René Gougeon aimait évoquer ses souvenirs et suivait de très près l'évolution de sa profession. Sa disparition va laisser un grand vide. De Fandango à Ourasi, Jean-René Gougeon a en effet contribué, activement, à la popularité et la notoriété de cette discipline. Il en a été, on le répète, l'un de ses plus grands ambassadeurs.



